ANN Arbor : quelques repères précieux pour épauler un proche ou un colocataire frappé par le coronavirus, tout en réduisant au maximum les risques pour soi-même et pour les autres.
Le scénario n’a rien d’exceptionnel : le virus s’invite chez vous, avec son lot d’incertitudes et d’inquiétudes. Un membre de votre foyer tombe malade et, à la lumière des symptômes, le doute s’installe : COVID-19 ou simple coup de froid ? Quoi qu’il en soit, il faut agir avec prudence.
Vous voilà confronté à une double exigence : apporter votre aide à la personne touchée, sans pour autant vous exposer ni exposer votre entourage.
Comment réagir, concrètement ?
Même face à l’incertitude, mieux vaut considérer qu’il s’agit du coronavirus et agir en conséquence.
L’absence de tests disponibles complique le diagnostic formel. Pourtant, face à une fièvre, une toux sèche, une fatigue inhabituelle, il vaut mieux ne pas tergiverser. D’autres signes, moins fréquents mais tout aussi révélateurs, existent : troubles digestifs, perte de l’odorat ou du goût.
Commencez par contacter votre médecin habituel ou le service de santé local pour signaler les symptômes et vérifier s’un test est envisageable. Si un test est possible, faites le déplacement muni d’un masque, ou d’un tissu couvrant la bouche et le nez. En voiture, gardez la fenêtre entrouverte pour favoriser l’aération.
Pendant l’attente d’un test ou de ses résultats, il faut maintenir un niveau de vigilance élevé, comme si la personne était effectivement porteuse du virus.
Voici les mesures de base à respecter scrupuleusement :
- Maintenez une distance d’au moins 1,5 mètre avec la personne malade, sauf si vous portez tous deux un masque ou un tissu couvrant la bouche et le nez. Évitez de partager la même pièce plus longtemps que nécessaire et offrez-lui un espace réservé.
- Veillez à ce qu’elle tousse dans un masque, dans son coude ou dans un mouchoir, afin de limiter la dissémination du virus. Jetez les mouchoirs après chaque utilisation.
- Lavez-vous fréquemment les mains, avec du savon ou une solution hydroalcoolique.
- Désinfectez les surfaces régulièrement, à l’aide de savon ou de produits adaptés.
- Ne portez pas les mains à votre visage sans vous être lavé.
« Vivre avec une personne suspectée d’avoir le COVID-19 implique de la soutenir, tant physiquement qu’émotionnellement, sans pour autant multiplier les contacts physiques ou manipuler des objets potentiellement contaminés », souligne Tammy Chang, professeure adjointe de médecine familiale à l’Université du Michigan. « Restez en lien, que ce soit par téléphone ou en parlant à distance, car la situation peut évoluer rapidement. »
Si vous connaissez une personne isolée présentant des symptômes, proposez-lui le même type de soutien : appels réguliers, dépôt de repas ou de médicaments devant sa porte pour l’aider à traverser cette période.
Repérez les signes d’alerte et sachez comment agir s’ils surviennent :
Pour la majorité des malades, le coronavirus se traduit par un ralentissement de quelques semaines. Un échange avec votre médecin de référence permettra d’anticiper l’évolution. N’allez pas aux urgences sans y avoir été invité.
Certains symptômes doivent toutefois imposer une réaction immédiate. Si vous-même, un proche ou une connaissance présente les signes suivants, contactez sans délai une aide médicale :
- Gêne respiratoire persistante
- Douleur ou pression thoracique qui ne disparaît pas
- Confusion, troubles de la vigilance
- Lèvres ou visage qui prennent une teinte bleutée
Prendre soin d’une personne malade à domicile exige méthode et organisation, entre vigilance sanitaire et gestes quotidiens.
Depuis des décennies, les professionnels de santé s’appuient sur des protocoles rodés pour protéger à la fois le patient et leur propre santé. Vous voilà à leur place, chargé de fournir des soins de soutien tout en restant sur vos gardes.
Voici, étape par étape, quatorze conseils pour accompagner un malade du COVID-19 dans son logement :
1. Aménagez une « chambre malade » : la personne doit s’isoler dans une pièce fermée si possible, en sortant uniquement pour aller aux toilettes. Limitez le passage dans cette pièce, écartez les enfants et les animaux domestiques. Si une fenêtre peut rester entrouverte, favorisez la ventilation. Laissez à disposition des essuie-mains jetables.
En cas de logement exigu, libérez la chambre (en migrant sur le canapé ou ailleurs) pour que la personne malade puisse s’isoler. Ainsi, l’accès aux parties communes reste possible pour tous.
2. Désignez une salle de bain réservée au malade : si vous disposez de deux salles d’eau, l’une doit lui être exclusivement dédiée. Sinon, chaque passage devra être suivi d’un nettoyage minutieux, afin de sécuriser l’usage pour les autres.
3. Suivez l’évolution des symptômes : demandez à la personne de prendre sa température plusieurs fois par jour, sans entrer dans la pièce. Notez les valeurs et tout nouvel élément clinique.
4. Veillez à son hydratation : l’eau et les boissons non alcoolisées doivent rester accessibles en quantité suffisante.
5. Soulagez les symptômes : aidez-la à respecter les posologies des médicaments contre la fièvre (paracétamol, ibuprofène). Lisez attentivement les notices, respectez les doses, et tenez un relevé de ce qui a été pris. Évitez tout surdosage et la consommation d’alcool.
Les traitements habituels ne doivent être interrompus qu’en cas d’avis médical.
6. Rendez la convalescence plus agréable : vérifiez qu’elle dispose de couvertures, d’oreillers, de lectures, d’un ordinateur ou d’une télévision, et d’un chargeur à portée de main. Le calme de la maison favorisera le repos.
7. Prévoyez l’apport des repas sans contact direct : servez la nourriture sur un plateau à déposer devant la porte. Eloignez-vous pour permettre à la personne de récupérer son repas sans croisement. Une fois terminé, le plateau est remis devant la porte, prêt à être nettoyé.
Si la personne ne peut pas sortir du lit, entrez masqué et demandez-lui de se couvrir le visage. Déposez le plateau sur la table de nuit et repartez rapidement. Lavez la vaisselle à l’eau chaude savonneuse, évitez de vous toucher le visage pendant la manipulation, puis lavez-vous soigneusement les mains.
8. Isolez les vêtements : retirez vos affaires de la pièce du malade pour éviter toute contamination croisée.
Installez un panier spécifique dans la chambre pour linge, serviettes et draps usagés. La personne malade doit l’y déposer elle-même ou porter un masque lorsqu’elle le déplace. Le lavage se fait séparément.
9. Nettoyez régulièrement : désinfectez l’ensemble du logement, en insistant sur les surfaces fréquemment touchées dès les premiers signes (tables, chaises, poignées de porte, interrupteurs, télécommandes, poignées de mobilier, claviers, salles de bain, etc.). N’oubliez pas la vaisselle et les objets utilisés avant l’isolement.
10. Évitez toute visite : n’accueillez personne dans le logement. Si une rencontre en personne est indispensable, privilégiez l’extérieur et maintenez la distance. Pour les livraisons, demandez à ce qu’elles soient déposées à distance.
11. Maintenez le lien grâce au numérique : les appels vidéo ou téléphoniques, même à travers la cloison, permettent à la personne malade de garder un contact avec la famille et les proches, sans risque de transmission. Encouragez-la à échanger avec l’extérieur pour rompre l’isolement.
12. Restez confiné : toute personne vivant sous le même toit qu’un malade avéré ou suspecté risque de transmettre le virus, même sans symptôme. Limitez au strict nécessaire vos déplacements à l’extérieur. Si vous disposez d’un espace extérieur (jardin, balcon…), prenez l’air tout en gardant vos distances avec ceux qui n’habitent pas avec vous.
13. Sollicitez de l’aide et du réconfort : informez quelques proches ou voisins de la situation pour bénéficier de leur soutien logistique ou moral. Laisser à la porte courses, médicaments ou autres fournitures permet de faciliter le quotidien sans contact. En cas de promenade du chien, pensez à nettoyer l’animal au retour.
Ne négligez pas votre propre équilibre : s’occuper d’un malade est éprouvant, et le lien social, même à distance, peut alléger la charge mentale.
14. Lorsque la personne va mieux : il est recommandé de maintenir l’isolement au moins sept jours après l’apparition des premiers symptômes et jusqu’à ce que la fièvre ait disparu depuis trois jours sans médicament. Attendez également que la toux ou l’essoufflement se dissipent. Tous les symptômes doivent s’être effacés avant la reprise d’une vie normale.
Pensez enfin à un nettoyage approfondi de la chambre et des effets utilisés : lavez la literie, désinfectez les surfaces et passez l’aspirateur partout. Cette étape marque la fin de la vigilance, mais pas celle de l’attention à porter aux autres.
Rester sur le pont, c’est parfois transformer un foyer en rempart collectif. L’épreuve n’est pas la même pour tous, mais chacun peut en sortir plus solidaire, prêt à inventer de nouveaux équilibres face à l’imprévu.


