Sous compteurs d’eau individuels : ce que les copropriétaires doivent savoir

Un sous-compteur d’eau individuel est un appareil de mesure installé en dérivation du compteur général d’un immeuble, qui enregistre la consommation d’eau propre à chaque logement. En copropriété, ce dispositif – aussi appelé compteur divisionnaire – détermine la part réelle d’eau consommée par chaque lot, ce qui modifie directement le calcul des charges.

Différence entre compteur général, divisionnaire et compteur individuel privatif

Ces trois termes désignent des réalités techniques et juridiques distinctes. Les confondre mène à des erreurs lors des votes en assemblée générale ou dans la lecture du règlement de copropriété.

Le compteur général appartient au service public de distribution d’eau. Il mesure la totalité de l’eau entrant dans l’immeuble. Le syndicat des copropriétaires est l’abonné unique auprès du fournisseur.

Le compteur divisionnaire (ou sous-compteur) est installé à l’intérieur de l’immeuble, en aval du compteur général. Il mesure la consommation de chaque logement, mais le contrat d’eau reste au nom du syndicat. Le syndic reçoit la facture globale et la répartit ensuite entre copropriétaires en fonction des relevés individuels.

Le compteur individuel privatif correspond à une situation différente : chaque copropriétaire signe son propre contrat avec le distributeur d’eau. L’article 93 de la loi SRU du 13 décembre 2000 prévoit que tout service public de distribution d’eau doit permettre cette individualisation si le propriétaire en fait la demande. Cette individualisation ne concerne toutefois pas l’eau chaude sanitaire.

Copropriétaire consultant ses relevés de consommation d'eau devant un compteur individuel dans son couloir d'appartement

Obligation d’installation des sous-compteurs d’eau selon la date de construction

La réglementation ne traite pas toutes les copropriétés de la même manière. La date de construction de l’immeuble constitue le critère déterminant.

Immeubles construits après le 1er novembre 2007

L’article L152-3 du Code de la construction et de l’habitation impose l’installation d’un dispositif permettant de mesurer la consommation d’eau froide par lot et pour les parties communes. L’article D152-1 du même code précise que ces dispositifs doivent permettre une relève sans pénétrer dans les logements.

Immeubles antérieurs à cette date

Aucune obligation légale n’impose la pose de sous-compteurs d’eau froide. La copropriété peut fonctionner avec un compteur général unique. Dans ce cas, le syndic répartit la facture d’eau selon les tantièmes, sauf clause contraire du règlement de copropriété. Le syndic a l’obligation de transmettre la facture globale à chaque copropriétaire au moins une fois par an, conformément à l’article 24-11 de la loi du 10 juillet 1965.

Cas particulier de l’eau chaude sanitaire

L’installation de compteurs individuels d’eau chaude est obligatoire dans les immeubles dotés d’un système de production collective depuis 1974. Les immeubles construits avant le 15 septembre 1977 bénéficient d’une exemption.

Vote en assemblée générale et répartition des charges d’eau

Installer des sous-compteurs ou individualiser les contrats d’eau nécessite un vote en assemblée générale. Les décisions relatives à l’individualisation et aux travaux nécessaires doivent être adoptées à la majorité de tous les copropriétaires, selon l’article 25 (alinéa o) de la loi du 10 juillet 1965.

Une fois les sous-compteurs posés, la répartition des charges d’eau se fait sur la base des relevés individuels. La consommation des parties communes (arrosage, nettoyage) reste répartie selon les tantièmes. Ce double calcul peut générer des écarts avec l’ancien système forfaitaire, et les premières régularisations surprennent parfois certains copropriétaires.

Pour les bailleurs, la présence de sous-compteurs modifie aussi la régularisation des charges locatives. Le propriétaire peut imputer au locataire la consommation réelle relevée sur le compteur divisionnaire du logement, ce qui simplifie la justification des charges récupérables et réduit les litiges.

  • Le syndic reste responsable du relevé des sous-compteurs et de la facturation interne, même avec des compteurs divisionnaires.
  • L’eau des parties communes continue d’être répartie selon les tantièmes définis par le règlement de copropriété.
  • En cas d’individualisation complète des contrats, chaque copropriétaire traite directement avec le distributeur pour son logement.

Gros plan sur un réseau de sous-compteurs d'eau individuels dans une armoire technique de copropriété avec numéros d'appartements

Sous-compteurs d’eau communicants et télérelève : ce qui change à court terme

Le marché des sous-compteurs évolue vers des appareils communicants, capables de transmettre les données de consommation à distance. Cette tendance est directement liée aux obligations qui se mettent en place pour le chauffage collectif.

L’arrêté du 8 juin 2023 impose qu’à compter du 1er janvier 2027, tous les appareils de mesure servant à l’individualisation des frais de chauffage collectif soient télérelevables, c’est-à-dire lisibles à distance sans entrer dans le logement. Cette obligation concerne aujourd’hui le chauffage, mais elle structure déjà les offres des prestataires de comptage en copropriété.

Les fabricants et installateurs proposent de plus en plus des solutions intégrant eau et chauffage sur un même réseau de télérelève. Pour une copropriété qui envisage de poser des sous-compteurs d’eau, choisir dès maintenant des appareils communicants évite un remplacement anticipé si la réglementation s’étend à l’eau froide.

Le Plan eau, renforcé depuis mars 2024 par le ministère de la Transition écologique, accentue la pression réglementaire sur la mesure des consommations via le déploiement de compteurs avec télétransmission des volumes prélevés. Même si les premières cibles sont les prélèvements agricoles et industriels, cette dynamique accroît la probabilité d’exigences similaires en habitat collectif.

Entretien et responsabilité du sous-compteur en copropriété

La question de la prise en charge de l’entretien et du remplacement des sous-compteurs dépend de leur statut dans le règlement de copropriété.

  • Si les sous-compteurs sont considérés comme des équipements communs, leur entretien et leur remplacement relèvent des charges de copropriété.
  • Si le règlement les rattache aux parties privatives, chaque copropriétaire assume les frais liés à son propre compteur divisionnaire.
  • En cas de fuite entre le compteur général et un sous-compteur, la responsabilité incombe généralement au syndicat des copropriétaires pour les canalisations communes.

La vérification périodique de la précision des sous-compteurs n’est pas encadrée par un calendrier légal strict pour les compteurs divisionnaires internes à une copropriété, contrairement au compteur général qui relève du distributeur. Un sous-compteur vieillissant peut sous-estimer ou surestimer la consommation, ce qui fausse la répartition entre lots.

Lors du renouvellement des sous-compteurs, le choix du modèle (compteur à jet unique, à jet multiple, volumétrique) et de sa compatibilité avec un système de télérelève mérite d’être inscrit à l’ordre du jour de l’assemblée générale. Un remplacement coordonné de l’ensemble des appareils de l’immeuble coûte moins cher qu’un renouvellement lot par lot.

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