La faïencerie Henriot Quimper produit des pièces depuis plus de trois siècles dans le quartier de Locmaria. Sur le marché de la revente, la majorité des annonces proviennent de particuliers, souvent des héritiers, qui mettent en vente des lots trouvés dans un grenier ou transmis par la famille. Les pièces rares, elles, circulent dans un circuit plus restreint où la signature, la forme et le décor déterminent des écarts de valeur considérables.
Signatures et numérotation : ce qui distingue une pièce Henriot Quimper courante d’une pièce recherchée
Le premier réflexe d’un acheteur averti consiste à retourner la pièce. La marque apposée sous l’émail raconte l’époque de fabrication, la manufacture d’origine et parfois l’identité du peintre.
Les annonces récentes sur les plateformes de revente mettent systématiquement en avant les assiettes ou plats Henriot Quimper numérotés. Ce détail n’est pas anodin : une pièce signée et numérotée se vend sensiblement mieux qu’un objet anonyme du même type. La numérotation indique souvent une série limitée ou un modèle identifié dans le catalogue de la manufacture.
Les marques les plus anciennes, notamment celles de la période Porquier avant la fusion avec HB, posent un problème d’attribution. Certaines pièces vendues aux enchères restent classées « peut-être Quimper, peut-être Desvres », car les manufactures de Malicorne et Desvres ont reproduit des décors similaires au XIXe siècle. Cette confusion, héritée d’une concurrence déloyale historique, complique encore l’expertise.

Qui achète les Henriot Quimper rares en 2025
Le marché visible sur Leboncoin ou eBay donne une image trompeuse. On y trouve surtout des lots de vaisselle courante, des assiettes à décor breton classique, vendus pour quelques dizaines d’euros. Ce segment est alimenté par des héritiers qui cherchent à vider une maison, pas par des collectionneurs.
Les acheteurs de pièces rares se répartissent en trois profils distincts :
- Les collectionneurs d’art breton, souvent basés en Bretagne ou dans la diaspora bretonne à l’étranger, qui recherchent des pièces à décor figuratif signé par des artistes identifiés comme Mathurin Méheut ou René Quillivic
- Les chasseurs de formes atypiques (soupières, encriers, bénitiers, instruments de musique en faïence) qui privilégient la rareté de l’objet lui-même plutôt que le décor
- Les héritiers qui, après une estimation, réalisent qu’une pièce de famille vaut bien plus que le prix d’un lot en brocante et décident de la placer en vente aux enchères spécialisée
Le marché international joue aussi un rôle. Des plateformes comme LiveAuctioneers proposent régulièrement des faïences Henriot Quimper à des acheteurs américains, où la tradition de collection de « Quimper ware » existe depuis des décennies.
Critères de valeur d’une faïence Henriot Quimper : au-delà de l’ancienneté
L’âge seul ne fait pas le prix. Une assiette du XIXe siècle à décor simple et production de série peut valoir moins qu’une pièce des années 1920 signée par un artiste reconnu. Le nom du peintre pèse souvent plus que le siècle de fabrication.
La période de collaboration entre la manufacture Henriot et des artistes comme Mathurin Méheut (côté Henriot) ou René Quillivic (côté HB) a produit des pièces à la croisée de l’art décoratif et de la céramique d’artiste. Ces collaborations des années 1920 représentent un pic créatif que les collectionneurs identifient clairement.
Le décor et la forme, deux variables indépendantes
Un décor rare sur une forme courante vaut moins qu’un décor courant sur une forme rare. Les plats muraux à scène de danse bretonne ou les assiettes à personnages en costume traditionnel sont les plus fréquents. En revanche, une mandoline en faïence, un encrier zoomorphe ou une jardinière à décor marin appartiennent à des catégories où l’offre reste faible.
L’état de conservation reste un critère discriminant. Un éclat sur le bord, un cheveu dans l’émail, une restauration visible font chuter la valeur de manière significative. Les acheteurs expérimentés examinent la pièce sous lumière rasante pour détecter les reprises.

Estimation des faïences Henriot : le piège de l’auto-évaluation en ligne
Les plateformes de vente entre particuliers ne reflètent pas les prix du marché expert. Un prix demandé sur Leboncoin n’est pas un prix de vente, encore moins une estimation. Les écarts entre prix affiché en ligne et valeur réelle en salle des ventes dépassent souvent le double.
Le musée de la faïence de Quimper organise des journées d’estimation récurrentes, décrites comme une tradition annuelle de longue date. Ces sessions attirent des propriétaires de pièces de famille, pas des marchands. Lors d’une de ces journées, une pièce a été estimée à plusieurs milliers d’euros, sortie d’un simple carton de grenier. Ce type de découverte reste possible, mais il suppose une démarche active.
Pour les héritiers qui possèdent un ensemble de faïences Henriot Quimper, l’estimation par un expert en céramique régionale évite la sous-estimation systématique des ventes en ligne. Les maisons de ventes spécialisées proposent des estimations gratuites qui permettent au minimum de trier les pièces courantes des pièces à potentiel.
Faïence Henriot Quimper et création contemporaine : un marché en mutation
La faïencerie ne vit pas uniquement de son passé. Des initiatives récentes associent la manufacture à des artistes contemporains, comme l’exposition croisant faïence et art moderne organisée à Quimper. Ce mouvement modifie la perception de la production Henriot : elle n’est plus seulement un objet de patrimoine, mais un support de création actuel.
Cette double identité crée une tension intéressante sur le marché. Les pièces anciennes rares bénéficient de l’attention médiatique portée à la manufacture, tandis que les éditions contemporaines attirent un public différent, plus jeune, moins attaché au décor breton traditionnel.
Les retours terrain divergent sur l’effet de cette dynamique contemporaine sur la cote des pièces anciennes. Certains marchands estiment que la visibilité accrue tire les prix vers le haut. D’autres considèrent que la production récente brouille la lisibilité du marché pour les néophytes qui confondent ancien et moderne.
Le vrai risque pour un héritier reste la déchetterie. Comme le soulignait un conservateur du musée de la faïence, des pièces de valeur finissent encore détruites faute d’identification. Avant de vider un grenier breton, retourner chaque assiette et chercher une marque Henriot, Porquier ou HB sous l’émail reste le geste le plus rentable qu’on puisse faire.

